Tacet
Français
← Retour à l’app

Tacet · Guides

Médicaments qui peuvent provoquer des acouphènes : ce que disent les preuves, et que faire

Quels médicaments sont liés aux acouphènes, pourquoi la dose compte, quels effets disparaissent ou non, et pourquoi ne jamais arrêter seul un traitement prescrit.

Tacet — Thérapie sonore pour acouphènes
Tacet · Thérapie sonore pour acouphènes
Dans ce guide13

D’abord : n’arrêtez jamais seul un médicament prescrit

Si vous soupçonnez qu’un médicament provoque ou aggrave vos acouphènes, parlez-en au prescripteur ou à un pharmacien avant de changer quoi que ce soit. Beaucoup des médicaments en cause traitent des maladies sérieuses, et les arrêter brutalement peut faire plus de mal que l’acouphène. La suite de ce guide présente ce que l’on sait, pour que cette conversation se fasse en connaissance de cause.

Quels médicaments sont concernés

L’institut américain des troubles de l’audition et de la communication, le NIDCD, cite l’acouphène comme effet indésirable possible de certains médicaments, surtout à fortes doses, et nomme les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène, le naproxène et l’aspirine, certains antibiotiques, des anticancéreux, des antipaludiques et des antidépresseurs. Le NHS britannique donne une liste proche : certains médicaments de chimiothérapie, des antibiotiques, les AINS et l’aspirine. Figurer sur ces listes ne veut pas dire qu’un médicament vous donnera un acouphène. Cela veut dire que l’association est connue, et qu’elle mérite d’être signalée à la personne qui le prescrit.

Familles de médicaments associées aux acouphènes dans les sources de ce guide
Famille de médicamentsCe que disent les sources
AspirineAcouphènes à fortes doses, réversibles quelques jours après l’arrêt (Cazals). La prise fréquente à faible dose n’était pas liée à un acouphène persistant (Curhan).
Autres AINS, comme l’ibuprofène et le naproxèneCités par le NIDCD et le NHS. Une prise fréquente était liée à un risque modérément plus élevé d’acouphène persistant (Curhan).
ParacétamolCe n’est pas un AINS. Une prise fréquente était aussi liée à un risque modérément plus élevé (Curhan).
Certains antibiotiquesCités par le NIDCD et le NHS. Les aminosides sont associés à une perte auditive permanente (Lanvers-Kaminsky).
AnticancéreuxCités par le NIDCD et le NHS. Les dérivés du platine sont associés à une perte auditive permanente (Lanvers-Kaminsky).
Antipaludiques, antidépresseursCités par le NIDCD parmi les médicaments associés aux acouphènes.

La dose et la fréquence comptent

La plupart de ces effets dépendent de la quantité et de la fréquence. L’aspirine est l’exemple le mieux étudié. Une revue de 2000 de Cazals décrit, après de fortes doses de salicylés, des acouphènes, une perte légère à modérée de la sensibilité auditive et une perception des sons altérée, qui s’installent au cours des premiers jours de traitement et disparaissent quelques jours après l’arrêt. Elle souligne aussi que la sensibilité varie nettement d’une personne à l’autre. Un comprimé occasionnel contre un mal de tête n’a rien à voir avec de fortes doses quotidiennes.

Ce qu’une grande étude a trouvé pour les antidouleurs courants

La Nurses’ Health Study II a suivi 69 455 femmes de 31 à 48 ans, sans acouphène au départ, de 1995 à 2017. Curhan et ses collègues ont constaté qu’une prise fréquente d’aspirine à faible dose n’était pas associée à un risque plus élevé d’acouphène persistant. L’aspirine à dose modérée prise souvent était liée à un risque plus élevé chez les femmes de moins de 60 ans, et la prise fréquente d’autres AINS ou de paracétamol était liée à un risque modérément plus élevé chez toutes les participantes, un risque qui tendait à augmenter avec la fréquence. Les prises et les symptômes étaient déclarés par les participantes, les raisons de la prise d’antidouleurs n’étaient pas connues, et les auteurs appellent à des études chez les hommes et chez des femmes non blanches. Ce sont des associations, pas la preuve que les médicaments ont causé l’acouphène.

Les effets qui disparaissent, et ceux qui peuvent rester

Une revue de 2017 sur l’ototoxicité des médicaments, par Lanvers-Kaminsky et ses collègues, rappelle que la toxicité pour l’oreille de nombreux médicaments disparaît après l’arrêt du traitement, mais que les anticancéreux à base de platine et les antibiotiques de la famille des aminosides sont associés à une perte auditive permanente. La revue aborde aussi les méthodes pour détecter tôt les effets sur l’audition. Pour ces traitements, la décision appartient à l’équipe médicale, qui met en balance le risque pour l’audition et la maladie à traiter. Si vous en commencez un, demandez si votre audition sera contrôlée pendant le traitement.

Les signes qui imposent de consulter vite

Quels que soient vos médicaments, certaines situations sont urgentes. Le NHS conseille d’aller aux urgences si l’acouphène suit un choc à la tête, ou s’il s’accompagne d’une perte auditive soudaine, d’une faiblesse des muscles du visage ou d’une sensation de rotation (vertige), et d’emporter les médicaments que vous prenez. Il conseille aussi de demander un rendez-vous médical urgent si l’acouphène bat au rythme du pouls. Ailleurs, les mêmes situations relèvent des urgences de votre pays (en France, le 15 ou le 112).

Préparez une chronologie avant le rendez-vous

Le plus utile à apporter est une chronologie : quand l’acouphène a commencé ou changé, quels médicaments vous avez commencés, arrêtés ou modifiés à ce moment-là, et les antidouleurs sans ordonnance ou compléments que vous prenez régulièrement, avec leur fréquence, puisqu’elle compte. Apportez les boîtes ou une liste avec les noms exacts et les doses. Le prescripteur peut ainsi voir si le calendrier concorde et s’il existe une autre option.

Les questions à poser au prescripteur ou au pharmacien

L’acouphène est-il un effet indésirable connu de ce médicament ? La dose ou l’horaire pourraient-ils être modifiés ? Existe-t-il une autre option moins risquée pour mes oreilles ? Si ce médicament est en cause, l’effet a-t-il des chances de disparaître après l’arrêt ? Faut-il contrôler mon audition pendant le traitement ? Un pharmacien peut souvent répondre sur-le-champ aux premières questions, surtout pour les produits vendus sans ordonnance.

Les antidouleurs sans ordonnance méritent l’attention

Les antidouleurs achetés sans ordonnance s’oublient facilement quand on liste ses médicaments. Si vous en prenez plusieurs jours par semaine, dites-le, et demandez si cette fréquence vous convient. Ne remplacez pas simplement l’un par l’autre de votre propre chef : les résultats de la cohorte ci-dessus concernaient plusieurs types d’antidouleurs, et chacun a ses propres risques, au-delà des oreilles.

À quoi s’attendre si un médicament est changé

Pour beaucoup de médicaments, comme on l’a vu, l’effet sur l’oreille s’estompe après l’arrêt ; pour d’autres, il peut persister. Dans les deux cas, le changement est rarement immédiat. Continuez à noter le comportement de l’acouphène sur les semaines suivantes plutôt qu’au jour le jour, pour que la prochaine conversation avec le prescripteur repose sur une tendance et non sur une seule mauvaise journée.

Si l’acouphène reste

Si l’acouphène persiste après le changement de médicament, ou si aucun médicament n’est en cause, la démarche générale face aux acouphènes s’applique. La recommandation clinique américaine de Tunkel et ses collègues préconise un interrogatoire et un examen ciblés, un bilan auditif rapide quand l’acouphène touche une seule oreille, dure ou s’accompagne de difficultés d’audition, et une thérapie cognitive et comportementale pour les acouphènes persistants et gênants. Elle déconseille les compléments alimentaires comme le ginkgo biloba, la mélatonine ou le zinc pour les traiter.

Aucun médicament ne traite l’acouphène lui-même

Le NIDCD indique qu’il n’existe pas de médicament spécifique contre l’acouphène, même si un médecin peut prescrire des antidépresseurs ou des anxiolytiques pour améliorer l’humeur ou aider à dormir. La recommandation américaine déconseille les antidépresseurs, les anticonvulsivants, les anxiolytiques et les médicaments injectés dans l’oreille moyenne (intratympaniques) pour le traitement courant des acouphènes persistants et gênants. Méfiez-vous de tout produit vendu comme un remède.

La place de Tacet

Tacet n’évalue pas les médicaments et ne peut pas vous dire si l’un d’eux est en cause. Il peut en revanche préparer la conversation. Son journal quotidien enregistre à quel point l’acouphène vous a gêné, sur une échelle de 0 à 10, avec des repères facultatifs et une note libre où inscrire la date à laquelle vous avez commencé ou changé un médicament, et il s’exporte en PDF à apporter en consultation. En attendant, ses sons et sa minuterie de nuit, qui baisse le son en douceur au lieu de le couper, peuvent rendre les moments de calme plus supportables.

Questions

L’ibuprofène peut-il provoquer des acouphènes ?

Les autorités de santé citent les AINS comme l’ibuprofène parmi les médicaments associés aux acouphènes, surtout à fortes doses. Dans une grande cohorte de femmes, une prise fréquente d’AINS était liée à un risque modérément plus élevé d’acouphène persistant. Parlez-en à un pharmacien si vous en prenez souvent.

Un acouphène dû à un médicament disparaît-il ?

Souvent, mais pas toujours. L’acouphène lié à de fortes doses d’aspirine est décrit comme réversible quelques jours après l’arrêt, et de nombreux effets des médicaments sur l’oreille disparaissent après le traitement, mais les anticancéreux à base de platine et les aminosides sont associés à une perte auditive permanente.

Dois-je arrêter un médicament si je pense qu’il cause mon acouphène ?

Pas seul. Parlez-en d’abord au prescripteur ou à un pharmacien, apportez une chronologie du début de l’acouphène et des changements de médicaments, et demandez s’il existe une autre option.

L’aspirine à faible dose donne-t-elle des acouphènes ?

Dans la Nurses’ Health Study II, la prise fréquente d’aspirine à faible dose n’était pas associée à un risque plus élevé d’acouphène persistant. Les acouphènes dus à l’aspirine sont surtout décrits à fortes doses.

Pour approfondir

Toutes les applications